Mon réveille sonne à 7h30, a cette heure là, toute la maison est déjà debout. Les deux filles doivent se rendre à l'école, R. et L., les parents travaillent. Le froid (un peu plus de 10 degrés) ne me motive pas de sortir de mon château de plusieurs couvertures, alors je reste au lit jusqu'à 9h environs. Je me trouve à l'étage supérieur où tout le monde dort, en bas, il y la cuisine, la salle à manger et le grand salon qui est utilisé seulement lors des grandes fêtes. Je mets mes habits, et bien sur mon manteau pour descendre et manger le petit déjeuner que T., la petit bonne m'a préparé en l’ entre-temp. Soigneusement elle a mis des boules de beurre sur une assiette, la confiture étalée sur une autre, et sur un tableau en argent attend le thé chaud sucré. Dans l'un des deux corbeilles il y a du pain plat que l'on peut diviser en quarts, dans l'autre corbeille sont les pâtisseries sucrés. Pour rompre l'image cliché du petit déjeuner, il y a la troisième petite assiette avec les fromages la vache qui rit.
Le temps court, 9h40, il faut prendre une décision: soit je me prends mon temps pour terminer le petit déjeuner et je serais obligé de me déplacer en petit taxi (taxi saghira) ou je me dépêche pour marcher au centre américain.
Je dis "bslaama" a la bonne, qui comprend à part du dialecte qu'un petit peut l'arabe classique. Derriere moi, elle serre la porte.
Le centre Américain est hébergé dans une grande villa au centre ville, entourée d'un grand jardin avec des arbres (de citrons et oranges) qui portent les fruits. Depuis la distance, on dirait qu'il s'agit d'un ambassade. Devant la maison il y a des signes qui interdisent de garer les voitures et une barrière sur le trottoir renforce physiquement cette interdiction. A la porte d'entrée attendent au moins trois gardes, aujourd'hui il y avait même deux policiers et des soldats de l'armée.
"Pour nous protéger de l'ennemie? demande une étudiante à un enseignant d'arabe - oui, répond cela - mais de quelle ennemie? demande-elle - je ne sais pas, réponde-t-il."
Après les 4 heures de l'enseignement, je me suis rendu en médine pour visiter la bibliothèque des Qarawine. Je prends en taxi et je lui explique en arabe où j'aimerais aller. Les chauffeurs de taxi ne parlent pas souvent le français, alors j'adresse la parole automatiquement en arabe: "afak, namchi l maktaba alqarawine f il médina l qadima" et voilà il le comprend.
J'entre la médine par l'un des grands portails et en le traversant j'entre un Labyrinthe vaste qui contient plus de 30 quartiers. Il faut faut bien suivre les coins que l'on connaît déjà si non, on est susceptible de se perdre pendant des heures. A peine entré en médine, il y a un garçon au visage cicatricé qui me suis et me dit : "Bonjours, suivez moi, le centre de la médine se trouve ici (il montre quelque part où je suis absolument sur que ce n'est pas le centre ville). - je dis non, non - il continue: vous êtes français? Non - anglais? Non,non. Finalement je lui dis: "Askunu wa adrusu fii Fez, thumma arifu kulla l-médina (j'habite et j'étudie à Fez, alors je connais toute la ville!)" Là il se donne impressionné et me dit "soyez le bienvenu" avant qu'il disparaisse complètement, d'une seconde à l'autre, dans la foule.
J'entre par la porte de la bibliothèque et je pourrais complètement oublier le labyrinthe, la foule, les marchés, les ouvriers. L'oeil dans l'ouragan. Je monte une escalier vers la salle de lecture, je salue poliment les deux hommes qui veillent la porte, je traverse la haute salle de lecture vers une porte. J'entre dans une bibliothèque dont les livres ont l'air si fragile de mieux faire de ne pas les toucher. C'est là ou l'un des deus hommes m'adresse la parole : "Monsieur, s'il vous plait. Ce n'est pas un lieu publique". Dehors il commence à m'interroger, je lui explique je ne suis pas un touriste, mais à la recherche des manuscrits de Ibn Khaldoun, qui a passé "son age d'or" à Fez (selon Ali, le guide que j'avais l'autre jour avec une excursion de classe), bien sur qu'il a trouvé sa dernière silence au Caire... :-). Maintenant commence une discussion marocaine :
- Je suis étudiant en islamologie et j’aimerais bien voir les manuscrits d’Ibn Khaldou et un ami (Ali) m’a dit qu’ils sont accessibles pour tout le monde
- Ce n’est pas un lieu publique
- J’ai une carte d’étudiant
- Votre ami il est enseignant ? Vous avez une déclaration de sa part ?
- Non , il m’a dit que je peux facilement accéder avec ma carte d’étudiant . Je vous la montre ?
- C’est pas la peine, vous faites les études à l’université de Fez ?
- Non, je suis ici pour suivre un cours de la langue , mais pour mes études à Genève j’aimerais saisir l’occasion de voir les manuscrits d’Ibn Khaldoun
- Etes vous adhérents à l’Islam ?
- Non, je suis chrétien , mais j’ai cru qu’avec ma carte d’étudiant je peux accéder à la bibliothèque .
- C’est un lieu de respect , pas tout le monde peut y entrer.
- Je vous montre ma carte d’étudiant , si cela vous rassure.
- D’accord. Je vais aller demander si c’est possible que vous entriez
- Qu’est-ce que vous pensez, ça prendra combien de temps ?
- Pas longtemps, tu peux t’asseoir ici.
Après cinq minutes il revient et il me dit : Alors, il est possible que vous faites des recherches, la il y a les fiches.
Ecrits par main , les fiches ont vécu beaucoup d’années . Je note deux œuvres d’Ibn Khaldoun, et comme il voit mon écriture il me dit : « Ah, vous savez bien lire et écrire l’arabe » Après une autre discussion pareille il me propose d’aller chercher l’un des deux livres. Une femme voilée, vêtue toute en rose, peut-être d'origine sénégalaise vient vers le fiches, mais recule quant elle voit que je cherche dans le casier de la sociologie. Je crois qu'elle aussi veut chercher un livre, alors je lui offre qu'elle puisse accéder aux fiches. Elle s'approche et du coup, je ne sais pourquoi, elle recule de nouveau et s'assoit à une table encore plus éloignée.
En attendant, je lis sur la porte qui donne sur la salle des livres: Entrée interdite aux gens non-employés.
En revenant, l'employé a la mine qui exprime une déception , il est déjà 16 heures et la bibliothèque ferme donc. Un autre dialogue marocain : « -Si vous voulez, je peux vous montrer la maison d’Ibn Khaldoun, elle se trouve pas loin d’ici , dans la médine.
-Oui , volontiers !
-Alors je pouvez vous y amener et aussi vous montrer mon lycée qui est d’ailleurs le lycée Ibn Khaldoun.
-Bien ! Quand serait-il possible ?
-C’est comme vous préférez, demain, après demain, aujourd’hui.
- Maintenant ?
- Si ça ne vous dérange pas, je pourrais vous le montrer même maintenant.
- Vous pouvez quitter comme ça le travail.
- Oui oui, il est 16h, d’ailleurs il ne se trouve pas loin d’ici.
Nous quittons alors la bibliothèque et marchons sur la grande ruelle qui traverse toute la médine. Mon esprit reste concentré à reconnaître les endroits que l’on passe ; mais après quelques centaines de mètres je ne pourrais plus dire en quelle direction nous marchons , jusqu’à ce qu’apparaisse derrière un coin une place connu avec sa fameuse fontaine.
L’entrée de la maison d’Ibn Khaldoun se trouve entre une quincaillerie et un magasin fermé. Youssef, nous nous sommes introduits lors de la marche, commence à parler avec le propriétaire de la quincaillerie pour se rassuré qu’il s’agit de la maison d’Ibla mn Khaldoun, lors un garçon sort de l’entrée en portant des pâtisseries sur une tablette. Le garçon qui habite la maison entend notre discussion et nous invite à visiter l’intérieur. Il nous présente la maison, la chambre à coucher d’Ibn Khaldoun qui est séparée avec un rideau, la chambre d’études d’Ibn Khaldoun, son salon et la fontaine dans la cour. Une femme derrière le rideau nous salue et nous raconte qu’il y a toujours des Egyptiens, Libyens, Libanais, Syriens et Américains qui viennent chercher la maison. Je prends quelque photos et nous échangeons les coordonnés, puis nous sortons dans la pluie. Sur une longue promenade en quittant médine nous passons par le lycée qui se cache derrière des murs de ville et nous arrivons dans le café préféré de Youssef.
J’essaierai une autre fois de décrire comment se déroule une discussion au sujet de la religion. Il est presque impossible de ne pas aborder la religion, car tout le quotidien au Maroc se réfère à elle. J’ai eu beaucoup de discussions très enrichissantes et beaucoup qui m’angoissaient. Il faut que je digère ses impressions encore.
Vers 18h30 je dit que je doit partir (lui aussi il était en retard pour le dîner), et moi j’habite à l’autre bout de Fez. Sauté dans le premier taxi, nous parlons ainsi (en arabe) pendant toute la conduite
« -Salam Aleykum,
-Aleykum Assalam !
-Vers As-saada, stp.
-Tu es de Fez ?
-Oui, bien sur !
-Fez est une ville très belle !
-Mais les gens sont méchants !
-Pourquoi tu dis ça ?
-C’est les etrangers qui le disent !
-Moi je suis étranger et je dis que j’adore la générosité des Fessi
-Soyez le bienvenu !
-Vous habitez quel quartier ?
-Juste là bas, vous voyez ? Et avant j’habitais dans la médine, pendant 11 ans.
- Pourquoi as-tu déménagé ?
-Pas assez de place, tu vois ?
-T’as une famille ?
-(grand sourire sur son visage) Oui, deux enfants : une fille et un garçon. Ils étudient à la fac !
-Felicitations. Comment ils appellent ?
- Abdulhaq et Fatiha.
Etc…
- Moi je suis Suisse et j’habite à Jinif (mot arabe pour Genève).
- Jinif…. ? Ah… Genève !
- Tu étudies ici ?
- Oui, l’arabe, pour un mois. Comme tu vois, je comprends déjà un peu de l’arabe classique. Mais en dialectal, je ne comprends rien du tu (la arifu chai’an fil darija).
Suivent des comparaisons entre l’arabe classique et le dialectal.
Malheureusement nous arrivons déjà à As-saada. Je lui donne les 17 Dirhams pour la route et je le salue….
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